Effets de fêtes...
Si j’étais cynique, je dirais que comme d’habitude la période de noël a été exerçable. A commencer par mon réveillon. Ce sacro saint réveillon auquel il est impossible d’échapper sans risquer une crise diplomatique digne des récentes relations France Côte d’Ivoire.
Comme depuis presque tous les Noël de ffice:smarttags" />la Création (je parle de ma création…j’ai emprunté à Jésus ce petit côté narcissique : « Youhou regardez moi !!! je marche sur l’eau !!! youhou !!!! je multiplie les pains !!! et ouais !!!! Personne ne pourra me louper sur cette croix !!!! » ), je n’étais pas seul pour affronter la terrible mascarade qui consiste à faire comme si tout le monde était heureux, comme si toute la famille était unie. J’attendais donc mon frère pour cette épreuve. Autant que moi, il appréhendait. Toujours ce sentiment d’être un peu intrus dans cette famille (mais c’est une autre histoire). Habillé relativement classe comme toujours, il se pointât chez moi une poignée d’heures avant le début de la cérémonie. Juste le temps de boire un coca, et de débattre sur comment cette soirée va être pourrie, nous voila dans la voiture.
Habillé relativement décontracté comme toujours, je contemple cette route prise des milliers de fois ; cette route tant détestée, qui m’a éloigné de ceux que j’aimais encore et ramené vers ceux que je n’aimais plus. Elle avait une saveur autre. Un goût inédit, pourtant déjà respiré par échantillon peu avant l’été. Juste après la mort de ma mère. Nous nous étions fait la réflexion mon frère et moi que ces lieux chargés d’histoire familiale avaient perdu une aura…une aura négative pour moi. Ce bout de Loire n’était plus LE bout de Loire. Juste de l’eau d’où se dégageait une forte odeur de vase. Avant, j’avais l’impression d’avoir un filtre sombre qui tombait sur mes yeux à chaque fois que nous passions sous ce premier tunnel ; puis qui devenait plus dense après le second. Les arbres n’étaient pas verts, ils étaient noirs. Les maisons les plus immaculées étaient grisâtres. Je voyais les vers ronger les embarcadères de cette base nautique, les saules encore plus pleureurs qu’à leur habitude. Comme dans les livres de Lovecraft. « La Couleur tombée du ciel » je la voyais. Dès que j’apercevais ces paysages, je sentais qu’ils n’auguraient rien de bon.
La tristesse. La noirceur. Le mal être. Voila ce que m’évoquaient les lieux de mon enfance depuis mes 17 ans. Mais la fin (définitive) de mes parents avait fait se lever ce voile. Ce n’était toujours pas le paradis, mais Aurec n’était ni plus ni moins qu’un village banal, semblable à tant d’autres. Et ce 24 décembre 2004, la route était une route plus ou moins comme une autre. Nous devisions avec une certaine aigreur sur les attitudes aussi lâches que compréhensibles de nos tantes avant, pendant et après la maladie maternelle. Que dire ? Que ma mère avait eu raison de ne pas aimer nos tantes, ses soeurs ? Qu’elles ont eu chacune leurs torts ? Peut être. Que tout ceci nous a pénalisé ? C’est sûr. Jouer les parias de la famille, c’est à la fois gratifiant quand tu n’aimes pas les valeurs que celle-ci représente, et c’est aussi très brimant malgré tout (mais, je l’ai déjà dit, c’est une autre histoire). Comme tout bon paria qui se respecte, nous sommes parmi les derniers à arriver.
La valse des bises commence. « Comment vas-tu ? Bien, et toi ? Bien. Qu’est ce que tu bois ?»
Si j’étais cynique, je dirais que ma marraine a été très habile pour ne pas m’avouer qu’elle n’avait pas vraiment aimé le disque de mon groupe que je lui avais remis cet été « ah non franchement, j’ai pas du tout reconnu ta voix ! » Je dirais aussi que les questions de culture générale imprimées sur les emballages d’apericubes étaient bien plus intéressantes que la majorité des conversations de l’apéritif. Que ma tante s’était vraiment foulée pour mon menu de réveillon : au lieu des habituelles pâtes de noël (je suis végétarien depuis 7 ans. Elle ne s’en rappelle que depuis 2.), j’ai eu droit à du céleri rémoulade (et sachez que j’ai un gros problème existentiel : j’adore la sauce rémoulade et je déteste le cèleri) et à des galettes de légumes surgelées de chez Bonduelle. On a connu pire (si si !). Si j’étais cynique, je serais épaté par ma capacité à m’émerveiller face aux histoires de lycée hôtelier de ma petite cousine de 15 ans. Un flux continu de ragots de dortoir, d’histoire de profs mal lunés, et sorties en cachette des parents. P A S S I O N N A N T ! Si j’avais envie d’être vraiment méchant aussi, je dirais que je plains énormément mon cousin qui est né le 25 décembre et qui est obligé d’avoir l’air trop heureux de recevoir chaque année au moins un cadeau en rapport avec l’alcool (une bouteille de whisky, un trivial pursuit des vins, un guide des meilleurs millésimes, chaque innovation en matière de tire-bouchon…) Je ferais aussi l’éloge de la compagne d’un autre de mes cousins qui excelle dans l’art d’être passionnée par tout ce que tu lui racontes ; que ce soit la poursuite des mes brillantes études « ça doit être dur, non ? » ou bien le fait que la petite L., 5 ans, n’aime pas les huîtres « ça doit être dur, non ? ». Je remercierais également ma tante pour avoir voulu contribuer à l’extension de ma virilité en m’offrant cette superbe chemise de cow-boy. Je n’oublierais pas non plus l’éternel « ah mais tu sais, si vous voulez skier, c’est Quand Vous Voulez ! » de mon cousin médecin. Le pauvre n’a toujours pas compris que ce n’était pas la neige qui nous faisait horreur mais sa simple présence. Je pourrais pas terminer sans bien sûr les traditionnels tapes dans le dos et autres sourires de circonstances, plus forcés les uns que les autres.
De quoi vous faire vomir.
Oui, si j’étais cynique je dirais ça. Mais j’ai pas envie de l’être. Malgré sa maladresse, ma marraine a essayé d’être gentille (mais heureusement qu’elle ne m’a pas demandé ce que je pensais de se nouvelle coupe de cheveux…j’aurais du employer un stratagème semblable au sien) Ma tante aussi. Je le sais. Ça m’a fait énormément plaisir que ma petite cousine se confie à moi ; 10 ans nous séparent mais je reste le plus proche en terme de génération dans la famille. J’ai adoré ses histoires d’adolescente. Mes études ont réellement et sincèrement intéressé C. et ces tapes dans le dos n’étaient peut être que des manières de dire « on ne parle pas votre langue mais on vous aime bien quand même. »
Peut être que tout le monde était dans la même galère ce soir de réveillon, à chercher à combler les silences, à répondre aux sourires sans trop savoir pourquoi, à acquiescer quand il fallait acquiescer.
Peut être que oui. Peut être que non. C’est pas grave. C’était pas le paradis, mais c’était pas l’enfer non plus. Un autre voile s’est levé probablement.
De toute façon, ce premier noël sans parents était un simulacre. Le 25 décembre n’a pas été plus magique qu’un autre jour. Il a fallu attendre le lendemain, que la neige tombe. Et encore quelques jours plus tard, le premier janvier 2005, mon frère, qui n’avait pas pu rester très longtemps le 25, et son amoureuse sont passés chez moi. Tous trois affalés dans le canapé, on a regardé Lilo et Stitch avec des pop corn et du coca. On a ri. Beaucoup. Dans le noir. Dedans et dehors. On a ri avec les yeux fatigués. Rien n’était prévu. C’était tout doux.
Mon premier noël ? Mieux vaux tard que jamais.
